Audrey Bergeron : Une artiste singulière

Publié le 23 janvier 2020 par Sarah Favier
Crédit artistes: Audrey Bergeron, Kim Henry, Merryn Kritzinger et Jessica Serli

A l’occasion du Rallye des Arts qui se déroulera le mercredi 29 janvier 2020, l’équipe de la Brigade Arts Affaires de Montréal (BAAM) a échangé avec Audrey Bergeron.

Audrey Bergeron revisite les codes établis en faisant de son art, un art multidisciplinaire.

En quête d’équilibre, elle explore les contrastes, les nuances.

[Conversation avec Audrey Bergeron.]

Qui êtes-vous ? Racontez-nous votre parcours.

C’est en découvrant la gymnastique artistique que j’ai développé un grand intérêt pour la performance physique. En 2005, j’ai suivi une formation professionnelle à l’École de danse contemporaine de Montréal. Par la suite, je me suis perfectionnée en breakdance, ce qui m’a permis de décrocher mon premier contrat d’interprète. En tant que pigiste, j’ai participé à la création de plusieurs spectacles (Destins Croisés, Bouge de là, Les Imprudanses).

Soucieuse d’approfondir davantage ma démarche artistique, je me suis initiée au théâtre corporel (Omnibus) m'ouvrant ainsi à de nouveaux codes d’interprétation et de dramaturgie. En 2013, j’intégrais la compagnie O Vertigo où je rencontrais des défis physiques stimulants et une discipline rigoureuse qui satisfaisaient ma quête constante de dépassement.

Tôt dans ma carrière, j’ai ressenti le besoin de créer mes propres chorégraphies. J’ai mis en scène plusieurs pièces, présentées via les vitrines Tangente, Quartiers Danses, Bouge d’ici, Zone Homa, Short & Sweet et Vue sur la Relève et collaboré avec des vidéastes. Ces réalisations ont offert à mon travail chorégraphique une dimension internationale. C’est ainsi qu’en 2012, j’ai présenté pour la première fois une pièce live à l’étranger, dans le cadre du festival de vidéodanse Side By Side, à Düsseldorf en Allemagne.

Dans l’optique d’une transition du rôle d’interprète vers celui de chorégraphe, en 2014, j’ai créé une première pièce d’envergure, Par le chas de l’aiguille, présentée par Danse-Cité à la Cinquième Salle de la Place des Arts en 2016.

Quatorze ans s’étant écoulés depuis mes débuts, mon double profil m’a permis d’acquérir une maturité artistique à la mesure de mes aspirations. Aujourd’hui, je souhaite maintenir ma présence sur la scène chorégraphique québécoise et internationale en créant une deuxième œuvre d’envergure qui réunira l’ensemble de mes expériences affirmant ainsi ma signature artistique.

Quels sont vos projets ?

Cette année, j'entame une tournée avec la compagnie Destins Croisés (Ismaël Mouaraki) et le spectacle jeune public oZe. Je travaille également comme interprète à la création de nouvelles œuvres des chorégraphes Ginette Laurin, pour un spectacle qui sera présenté aux Îles-de-la-Madeleine en juin prochain, et de Line Nault, pour une pièce multidisciplinaire qui prendra vie en 2021.

Parallèlement, je poursuis mon travail chorégraphique avec la création de Verso, un spectacle en noir et blanc inspiré de l'univers du cinéma muet, empreint d’humour et de grotesque, présenté par Danse-Cité au Théâtre Prospero en septembre 2020. Je souhaite proposer un dialogue entre ce cinéma et mon langage chorégraphique. Le jeu des interprètes sera nourri de mes expériences en mime corporel et de ma recherche personnelle de la réinterprétation du « rembobinage » (gestuelle inversée). La pièce explore les différents procédés du cinéma d’époque, de la théâtralité aux trucages, en passant par l’accompagnement musical d’un pianiste « live ».

De plus, je vais compléter d'ici la fin de l'été ma formation de praticienne en hypnose et continuer mon entrainement sportif en savate (boxe française).

Comment traduisez-vous votre relation au corps, au mouvement, au temps ?

À travers chacune de mes créations, je tente de trouver un juste équilibre entre une démarche novatrice et la démocratisation de l’œuvre qui en découle. Tout en préservant l’intégrité de mes préoccupations artistiques, je suis motivée par le défi de présenter des créations qui demeurent accessibles et attrayantes pour le grand public. C’est grâce au métissage disciplinaire (danses urbaines et contemporaines, théâtre corporel, vidéodanse) que je souhaite atteindre cet objectif.

Du côté de mon vocabulaire gestuel, j’explore des qualités contrastantes que j’aime opposer pour en tirer les diverses nuances. Attaque et fluidité; puissance et délicatesse; fougue et précision; imprévisibilité et organicité sont autant d’éléments qui coexistent dans mes créations de manière cohérente. À travers cette approche, je persiste à trouver l’équilibre, cette fois entre une esthétique proche de l’abstraction (dont l’univers engage l’imaginaire du spectateur) et un visuel gorgé de références théâtrales et familières (où le spectateur se retrouve sur un terrain qu’il croit reconnaitre). Enfin, bien que j’entretienne un goût particulier pour la prouesse physique, je n’en fais usage que pour subtilement étayer le phrasé de mes chorégraphies.

Lors de la soirée du Rallye des arts, que nous présenterez-vous ?

À la manière dont les pianistes accompagnaient jadis les films muets projetés dans les cinémas, je désire mettre en scène un pianiste qui, sur scène, soutiendra l’action des interprètes. Il n’existe que très peu d’accompagnateurs de films muets au Québec ou même dans le monde. Cependant, mes recherches m’ont permis de rencontrer Roman Zavada – pianiste spécialisé en la matière. Le projet étant à ses balbutiements, je présenterai des explorations improvisées à partir de certaines séquences gestuelles et testerai différentes ambiances au piano. Je serai accompagnée par Jessica Serli (interprète du projet) et Roman Zavada (pianiste).

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Billet par : Sarah Favier